« L’argent n’est pas le problème » : au SITHO 2026, Néré Capital appelle à repenser le financement du tourisme sahélien
Le 23 septembre 2026, lors du Forum des acteurs du tourisme de l’AES organisé dans le cadre de la 16e édition du Salon international du tourisme et de l’hôtellerie de Ouagadougou (SITHO), Néré Capital a plaidé pour un financement mieux adapté aux réalités du secteur. Son directeur d’investissement, Brice Gaël Soubeiga, a appelé à mettre en place des mécanismes capables d’accompagner durablement les entrepreneurs, de l’idée jusqu’à la croissance.
Face aux professionnels réunis à Ouagadougou autour du thème « Investissement intégré et souveraineté économique : bâtir une destination sahélienne compétitive », le Directeur d’investissement est allé droit au but. Selon lui, le problème n’est pas tant le manque de ressources financières que la difficulté à faire coïncider les besoins des porteurs de projets et les attentes des investisseurs.
« Autant les acteurs ont besoin de financement, autant les financeurs ont besoin de financer. Eux ne trouvent pas de bons projets, et vous, vous ne trouvez pas de gens pour vous financer », a-t-il lancé à l’assistance.
De gauche à droite : Bassolma Bazié, président de la Commission nationale de l’AES ; Pingdwendé Gilbert Ouédraogo, ministre de la Culture, des Arts et du Tourisme ; et le Pr Serge Balibié Auguste Bayala, président de la Banque confédérale de l’AES.
Néré Capital, un partenaire de croissance pour les PME

Profitant de cette tribune, l’investisseur a rappelé la spécificité de Néré Capital dans l’écosystème financier burkinabè. Le fonds intervient principalement en fonds propres et en quasi-fonds propres, une approche qui permet d’accompagner les PME sans exiger systématiquement les garanties classiques, souvent hors de portée des jeunes entreprises. Plus qu’un simple bailleur, Néré Capital se veut un partenaire engagé dans leur développement.
« Nous devenons actionnaires, donc nous finançons sans garantie et nous accompagnons l’entreprise tout au long de sa croissance. Au lieu de miser sur une garantie pour être sûrs de rentrer dans nos fonds, nous investissons plutôt dans la croissance, dans l’avenir », a-t-il précisé.
Une philosophie particulièrement adaptée au tourisme, dont les cycles d’investissement sont souvent longs et exigent des capitaux patients.
Combler le « chaînon manquant »
Principal constat dressé par le responsable de Néré Capital : il manque des solutions intermédiaires entre les subventions de démarrage (courantes dans le secteur) et le crédit bancaire classique. Dans les parcours actuels, beaucoup d’entrepreneurs passent presque directement d’une petite subvention à l’emprunt bancaire. Entre les deux subsiste un « chaînon manquant » où restent bloqués de nombreux projets prometteurs, faute d’instruments adaptés à leur stade de développement.
Il serait toutefois illusoire, prévient-il, de chercher un dispositif unique pour tout le secteur. Une idée en phase de démarrage, une PME qui veut changer d’échelle et un grand projet hôtelier ne se financent pas de la même manière.
D’où sa recommandation : bâtir une chaîne complète d’instruments, des avances remboursables à taux zéro pour amorcer les activités jusqu’aux crédits bonifiés, en passant par les fonds d’amorçage, le capital-investissement (capital-risque ou capital-développement) et les prises de participation. Le crédit bonifié, dont un acteur public prend en charge une partie des intérêts, permet de réduire le coût d’un prêt ou d’en allonger la durée. En clair, il s’agit de donner à chaque projet le bon carburant, au bon moment, plutôt que de lui imposer une solution trop chère, trop courte ou trop précoce.

Financer, mais aussi outiller
L’intervention a aussi rappelé une évidence parfois oubliée : exceller dans son métier ne suffit pas toujours pour bâtir une entreprise. « Un acteur du domaine peut être très brillant sur les aspects touristiques. Mais ça n’en fait pas un entrepreneur. Un entrepreneur, c’est beaucoup de choses. Il a besoin d’être outillé », a souligné Brice Gaël Soubeiga. Le financement doit donc s’accompagner d’un appui qui aide l’entreprise à se structurer. Et l’effort doit être partagé : les financiers ont, eux aussi, tout intérêt à mieux comprendre les réalités et les valeurs du secteur touristique afin de l’accompagner efficacement.
Pour clore son intervention, il a ramené le débat à une idée centrale : plus que la disponibilité des capitaux, c’est leur adéquation aux besoins réels des entreprises qui conditionne le développement du secteur. L’avenir du tourisme sahélien passera, selon lui, par des entrepreneurs mieux accompagnés, des projets mieux structurés et des financements mieux adaptés. C’est à cette condition que le potentiel touristique de l’espace AES pourra se transformer en opportunités économiques durables.










